« Bloc 10 » : le premier film à utiliser une reconstruction numérique d’Auschwitz
Le long métrage « Bloc 10 » est la première production à utiliser les ressources du projet « Picture from Auschwitz », un décor cinématographique virtuel certifié qui recrée numériquement le site de l’ancien camp allemand nazi de concentration et d’extermination d’Auschwitz. La première mondiale du film a eu lieu le 3 juillet 2026 dans le cadre du Festival du film de Munich.
Première mondiale de « Bloc 10 »
« Bloc 10 » a été réalisé par Marcus O. Rosenmüller à partir d’un scénario écrit par la Dre Alice Brauner. Selon le Mémorial et Musée d’Auschwitz-Birkenau, il s’agit du premier long métrage à intégrer les ressources numériques créées dans le cadre du projet « Picture from Auschwitz ».
Le film raconte l’histoire de femmes détenues dans le bloc 10 d’Auschwitz I. C’est dans ce bâtiment que des médecins allemands de la SS ont mené sur les prisonnières des expériences médicales criminelles, notamment des procédures de stérilisation.
Parmi les figures centrales de l’histoire se trouvent le médecin allemand de la SS Carl Clauberg ainsi que Maximilian Samuel, médecin juif emprisonné à Auschwitz. Clauberg a pratiqué des expériences de stérilisation sur des femmes détenues, tandis que Samuel a été contraint de participer aux activités du personnel médical de la SS sous la menace de l’assassinat de sa fille.
Le scénario s’appuie sur des documents historiques et des témoignages. Le film ne se concentre pas uniquement sur les actes des médecins allemands, mais surtout sur la souffrance des femmes, la déshumanisation des victimes et leurs tentatives de préserver leur dignité dans des conditions de terreur extrême.
Qu’est-ce que « Picture from Auschwitz » ?
« Picture from Auschwitz » est un projet visant à créer une représentation numérique certifiée du site historique d’Auschwitz. Sa première phase concerne l’ancien camp d’Auschwitz I, recréé à l’échelle 1:1 grâce à des technologies avancées de documentation spatiale, notamment le scan laser et la photographie haute résolution.
Le modèle numérique permet aux cinéastes de créer des scènes réalistes sans tourner de film de fiction sur le site même du Mémorial. Les restrictions imposées aux productions cinématographiques ont pour objectif de protéger le lieu authentique, ses bâtiments historiques et les vestiges conservés du camp, tout en préservant la dignité et le caractère du Mémorial.
Le décor virtuel peut être utilisé en postproduction, pour des scènes réalisées à l’aide de murs LED ou de fonds verts, ainsi que comme référence détaillée pour la construction de décors physiques.
Une exigence de précision historique
La reconstruction numérique n’est pas un modèle librement accessible à toutes les productions. Pour obtenir une licence, les cinéastes doivent soumettre leur projet et leur scénario à l’évaluation du Musée d’Auschwitz. Ils doivent également collaborer avec les historiens du Musée et tenir compte de leurs remarques.
Ces règles visent à limiter le risque de représentations inexactes ou excessivement simplifiées de l’histoire. Auschwitz ne peut pas être utilisé uniquement comme un décor spectaculaire pour une fiction. Le projet soutient des productions fondées sur des documents, des témoignages et des connaissances historiques fiables, réalisées dans le respect des victimes et de leur mémoire.
Lors de la production de « Bloc 10 », les cinéastes ont eu accès non seulement au modèle numérique, mais aussi à des documents historiques et aux conseils des spécialistes du Musée. Ils ont également pu réaliser une documentation détaillée de l’intérieur du bâtiment authentique du bloc 10.
Une réplique des espaces intérieurs a été construite pour le film, puis associée à l’environnement extérieur recréé numériquement.
Une reconstruction adaptée à une période historique précise
La préparation du décor virtuel ne consistait pas simplement à reproduire l’apparence actuelle du Mémorial. Chaque élément devait être adapté à la période historique précise dans laquelle se déroule le film.
Les spécialistes ont consulté les historiens jusque dans les moindres détails, notamment concernant la taille des arbres, l’orientation des ombres et la présence de certains éléments du paysage. Les objets qui n’existaient pas encore à l’époque des événements représentés ont été supprimés de l’environnement numérique.
Ce travail a permis aux cinéastes de recréer le cadre historique avec davantage de précision que ne l’auraient permis des décors construits uniquement à partir de photographies contemporaines ou de documents d’archives généraux.
La technologie au service de la mémoire
« Picture from Auschwitz » possède une portée qui dépasse la production d’un seul film. Le projet constitue une documentation sécurisée et détaillée du site, qui pourra également être exploitée par les technologies futures.
La reconstruction numérique peut aider les cinéastes à raconter l’histoire de manière responsable, tout en protégeant le Mémorial authentique des conséquences liées à la présence de grandes équipes de tournage.
Les revenus issus des licences d’utilisation des ressources du projet doivent contribuer au financement des activités du Mémorial d’Auschwitz et de la Fondation Auschwitz-Birkenau.
La première phase du projet couvre Auschwitz I. Les étapes suivantes doivent également inclure une reconstruction numérique d’Auschwitz II-Birkenau.
Réactions après la première
Eva Umlauf, survivante d’Auschwitz, figurait parmi les personnes présentes lors de la première à Munich. Après la projection, elle a souligné le réalisme du film ainsi que l’importance de transmettre à un large public la connaissance des crimes commis à Auschwitz.
Le réalisateur Marcus O. Rosenmüller a décrit la réalisation du film comme l’un des plus grands défis de sa carrière. Les auteurs ont souligné que leur objectif était de représenter ces événements inhumains avec respect pour les victimes, sans transformer leur souffrance en simple spectacle cinématographique.
La sortie de « Bloc 10 » dans les cinémas allemands est prévue pour novembre 2026.
Auschwitz au cinéma et dans l’éducation historique
Les films historiques peuvent inciter le public à approfondir ses connaissances sur le sort des victimes des camps allemands nazis. Ils ne peuvent toutefois pas remplacer les documents historiques, les témoignages des survivants ni une visite du Mémorial authentique.
Les lecteurs intéressés par la représentation de la Shoah au cinéma peuvent également consulter notre article consacré aux films sur l’Holocauste à voir.
Les personnes séjournant à Cracovie peuvent aussi prévoir une visite guidée d’Auschwitz-Birkenau. Une visite accompagnée d’un guide ou d’un éducateur permet de comprendre le contexte historique à partir des bâtiments conservés, des documents, des expositions et des témoignages d’anciens prisonniers.
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